Pour ou contre les contes de fée ?

par Laetitia Plisson de S'instruire autrement

 

Vous avez sûrement eu envie de raconter l’histoire de Blanche Neige ou du petit Chaperon rouge à vos enfants… Mais peut-être vous êtes-vous posé la question de l’âge auquel ces histoires peuvent être racontées. Et puis, elles existent aussi en dessins animés, bien plus accessibles que les livres, surtout ceux écrits par les frères Grimm… Alors comment choisir ?

 

Adapter l’histoire à l’âge de l’enfant.

Tout d’abord, les contes de fées, qui font partie des histoires imaginaires et symboliques, ne sont pas faites pour les tout-petits. Elles peuvent être racontées aux enfants à partir de 6 ans, éventuellement 5 mais pas avant ! Plus jeune, les enfants sont surtout attirés par ce qui les entoure, des choses de la vie quotidienne qui les concernent directement ou non : des imagiers des objets du quotidien, des histoires courtes type « petit ours brun », puis vers 3/4 ans des petits documentaires (les animaux, les véhicules, transports et engins de chantier, la montagne, la mer…)

 

des histoires imaginaires peuvent être impressionnantes pour les tout-petits, même si elles finissent bien…

 

Les enfants découvrent le monde et font appel à leur sens de l’observation, de projection également. Ces histoires simples, sans danger, sans émotion forte leur apporte un ancrage et une confiance qui sont importantes à ces âges là. Apporter de l’imaginaire, de la magie qui résoud tout (mais que l’on ne sait pas faire en vrai!), ou bien des super-héros et surtout des situations de conflit ou de grand danger se résolvant par un combat sont sources de stress pour les petits, peuvent déclencher des cauchemars et des comportements violents… Et tout cela s’empire lorsqu’il s’agit de dessins animés ! Mais je m’égare…

Se rapprocher du texte original.

Du moment où vous choisissez de raconter un conte de fées, vous allez transmettre à votre enfant toute la symbolique associée à ce conte. Que vous le vouliez ou non, que vous soyez en accord avec cette symbolique ou non. Ce n’est en aucun cas un problème : chaque conte développe une thématique, et si elle touche votre enfant il vous demandera de raconter cette histoire encore et encore. Si cela ne lui parle pas, il trouvera les personnages ridicules et ne voudra plus en entendre parler. Tout simplement !

Par contre, ce qui est important, c’est de trouver le livre si possible dans son texte original. Je dis bien si possible : pour le conte des Trois petits cochons, par exemple, il n’y a pas de texte original, car il a été transmis oralement et plusieurs versions en ont été écrites. Pour la plupart des histoires, vous pouvez chercher du côté de Perrault, Grimm ou Andersen, vous en aurez déjà un grand nombre à portée de main ! Pourquoi le texte original ? Tout simplement parce qu’il a été écrit dans ce souci de transmission des symboles, ce qui est de moins en moins le cas ans les versions contemporaines. Egalement parce que le langage utilisé est littéraire, soutenu, il apporte un vocabulaire nouveau et des tournures de phrases peu utilisées dans la littérature actuelle. Ce qui prépare indirectement votre enfant à la grammaire qu’il abordera en CM1 – CM2… même si ce n’est pas le but premier !

C’est comme ça que mon fils, un jour, s’approche de moi en levant la main et en me disant solennellement : »Ne craignez point ! » Je le regarde interloquée, et lui demande ce qu’il veut dire… Il me répond, « Je dis comme le petit chaperon rouge ! »  Effectivement, « le petit chaperon rouge ne craignait point le loup »…

Ni images, ni dessins animés !

Même si vous avez été bercée par les versions Walt Disney des contes de fée, s’il vous plaît, réfléchissez bien avant de les montrer à votre enfant !

Tout d’abord, les recommandations sont les mêmes que pour les livres : le monde imaginaire fantastique est adapté à partir de 6 ans, mais pas avant ! Avant, ils ont besoin d’ancrage… Le dessin animé n’apportera pas le côté littéraire, langue française, mais il est aussi bien souvent décalé de l’histoire originelle, adapté, édulcoré, avec une « happy end » pas toujours nécessaire…

L’enfant qui regarde le dessin animé va garder les images en tête, se les approprier, et lorsqu’on lui dira le nom « Blanche-Neige », il verra tout de suite  l’image de cette princesse à robe jaune et bleue, avec petites manches ballon et ruban rouge dans les cheveux. Essayez pour vous : ça marche, n’est-ce pas ? De là vont découler également les envies d’objets dérivés des dessins animés dans les magasins de jouets…

Alors que si on raconte l’histoire, sans image, l’enfant apprend à visualiser, à « voir dans sa tête ». Et c’est à partir des mots, de ce qu’il entend qu’il va adapter son image mentale. Il pourra s’attacher ou non à ce personnage, lui changer son apparence mentalement en fonction des descriptions, donner plus d’importance à un mot ou à un autre… et ainsi développer une concentration, une attention aux mots, une sensibilité et une capacité à comprendre les textes bien plus grande que ceux qui ne connaissent que les versions DVD !

Je me souviens que mon père nous racontait, chaque soir, des contes de Grimm et Perrault. C’était dans de gros recueils, avec quelques gravures en noir et blanc. Nous avions bien compris qu’il n’y avait rien à voir dans ces livres, et pourtant j’en ai des centaines d’images en souvenir. Lorsque j’ai trouvé à la librairie des contes illustrés, j’ai trouvé que les images gâchaient le plaisir de l’imagination ! Je ne voyais pas du tout les personnages de la même façon dans ma tête, et tout à coup on leur avait donné une forme, qui ne pouvait pas changer… Quel dommage !

Et pour les plus grands, abordez la lecture comparée !

Du moment que les enfants commencent à découvrir les mondes magiques et fantastiques, il y adhèrent souvent à 100% ! Alors nous avons continué de raconter des histoires, longtemps… Et puis un jour, mon fils a eu envie de voir le film de « Harry potter ». Il était en âge de le regarder, mais j’ai préféré le lui lire d’abord. Pourquoi ? Juste pour qu’il ait le temps de bien comprendre ce qui se passe, de s’en faire une image mentale, de comprendre les sensations et émotions, réflexions des personnages… Je lui ai lu le début, il a continué tout seul. Et c’est lorsqu’il en était au cinquième tome, que nous avons regardé le premier film. Et là, il a compris : que le film était obligé de concentrer l’histoire pour que cela ne dure pas trop longtemps, qu’il privilégiait aussi l’action alors que certains points importants étaient à peine évoqués… Mais surtout, il avait maintenant une vision figée de Harry, Hermione, Ron et de tous les autres personnages alors qu’ils ne ressemblent pas à ceux qu’il imaginait !

Bien sûr, cela ne l’a pas empêché de regarder les autres films… ni de finir de lire, et même de relire les 8 tomes de la série !

Nous avons fait pareil pour d’autres adaptations de contes parus au cinéma : le Bon gros géant, Mathilda, et même Les malheurs de Sophie (qui, je l’admet, est loin d’être un conte de fées !) A chaque fois, les enfants ont pu comparer le livre et le film, en donnant leur avis sur l’un et sur l’autre, ce qui leur avait plus plu dans une version ou dans une autre, voir ce qui avait changé…

Quoi de mieux pour développer l’esprit critique ?